Ce
n’est pas la voie empruntée par les éditions Offenstadt
qui vont se tourner massivement vers la bande dessinée en conservant
souvent un humour hérité de leurs débuts. Le succès
est immédiat et, une nouvelle fois, les éditions vont
déménager, s’installant au n°3 de la rue de
Rocroy. C’est là que seront conçus les nouveaux
titres du groupe dont l’Epatant
en 1908 et Fillette en 1909.
Selon
la légende, c’est sur un champ de courses que les frères
Offenstadt rencontrèrent Louis Forton. Une rencontre
qui allait marquer l’histoire de la bande dessinée française
avec la création des Pieds Nickelés
qui paraissent pour la première fois, le 6 juin 1908, dans le
n° 9 de l’Epatant. D’une moralité douteuse,
ces trois malandrins qui parlent argot (un scandale !) et se font un
malin plaisir de ridiculiser l’autorité vont révolutionner
la bande dessinée et intégrer (insidieusement) l’inconscient
collectif, leur nom passant comme expression dans le langage courant.
Mais
les Offenstadt n’oubliaient pas leurs premiers succès.
La recette du comique troupier marchait toujours bien en France où
l’on ne manquait pas une occasion d’exalter (même
indirectement) la fibre tricolore revancharde, les "Boches"
occupaient toujours l’Alsace-Lorraine. Le 22 avril 1909 verra
la parution de la Vie de garnison. Un hebdomadaire où
le mauvais goût est loin d’être absent et ce n’est
pas La Carrière militaire d’Onésime
Balluchon, une bande dessinée par Forton
qui remonte le niveau.
Cette
même année 1909, les Editions Offenstadt souhaitant renouveler
avec les filles le succès de l’Epatant chez les
garçons, font paraître, le 21 octobre, le premier numéro
de Fillette qui est destiné à concurrencer La
semaine Suzette (lancée en 1905 par les éditions
Gautier-Languerneau). Ce nouvel hebdomadaire, qualifié par ses
détracteurs « de pâle copie de la Semaine de
Suzette » voit apparaître dès ses premiers numéros
l'Espiègle Lili, dessinée par
André Vallet sur un scénario de Jo
Valle. Dans cette première version, Lili
est une malicieuse petite fille blonde qui joue des tours pendables
à son entourage. Pour lui inculquer les bonnes manières,
ses parents décident tout d’abord de la mettre en pension
puis de l’expédier en Angleterre…
Une
nouvelle fois le succès répondra à l’appel.
Autour de ces deux titres phares les frères Offenstadt vont construire
un empire de presse et régner sur les publications enfantines.
La raison de leur triomphe résidait dans la nouveauté
de ton de leurs magazines axés vers un vrai divertissement, ils
cessaient de prendre les enfants pour de petits singes savants.
L’appétit
des frères Offenstadt semble insatiable et la création
de nouveaux titres va continuer, chacun trouvant régulièrement
un public, en 1910, L'Intrépide va s‘implanter
dans le domaine aventures et voyages mais en accordant une place privilégiée
aux nouvelles et romans à suivre. L’un des auteurs fétiches
en sera José Moselli, un ancien navigateur dont
les récits passionneront les lecteurs. En 1911 c’est la
naissance de Cri-cri ; en 1912, celle de l'Inédit
et des Romans de la Jeunesse…